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Comprendre · 4 min de lecture

Formation en médecine ayurvédique : ce que le mot veut dire selon le pays

Une formation en médecine ayurvédique n’a pas le même sens à Delhi, à Berne et à Lyon. En Inde, c’est un cursus universitaire de cinq ans et demi ; en Suisse, une spécialisation d’un diplôme fédéral ; en France, l’expression ne correspond à aucun titre.

Par Anouk Valette ·

On tape « formation médecine ayurvédique » dans un moteur de recherche et l’on tombe, pêle-mêle, sur des universités indiennes, des écoles suisses et des cursus de week-end en France, tous désignés par les mêmes mots. Ils n’ont presque rien en commun, ni dans la durée, ni dans ce qu’ils permettent de faire ensuite.

En Inde, une médecine officielle

En Inde, l’Ayurvéda est enseignée à l’université. Le diplôme de base, le BAMS (Bachelor of Ayurvedic Medicine and Surgery), demande cinq ans et demi d’études, dont un an de stage, et ouvre l’exercice comme médecin ayurvédique dans le système de santé indien.

La formation est encadrée par la National Commission for Indian System of Medicine, créée par une loi de 2020, et la discipline relève d’un ministère dédié, le ministère de l’Ayush, qui regroupe depuis 2014 les médecines traditionnelles reconnues par l’État indien. Des spécialisations de troisième cycle existent après le BAMS.

Un BAMS ne donne aucun droit d’exercer la médecine en France. Le titre de médecin y est réservé aux docteurs en médecine inscrits à l’Ordre, et un praticien indien installé en France doit lui aussi rester dans le cadre du bien-être.

En Suisse, un diplôme fédéral

La Suisse a intégré la médecine ayurvédique à un diplôme fédéral : celui de naturopathe, qui comporte quatre orientations, dont la médecine ayurvédique, aux côtés de l’homéopathie, de la médecine traditionnelle chinoise et de la naturopathie traditionnelle européenne.

Ce diplôme sanctionne un examen professionnel supérieur, organisé par l’organisation du monde du travail de la médecine alternative (OrTra MA). Il demande plusieurs années de formation, avec un volume important de bases médicales occidentales. C’est le modèle européen le plus abouti de reconnaissance de l’Ayurvéda comme profession, et il ne s’applique qu’en Suisse.

Et l’OMS, reconnaît-elle l’Ayurvéda ?

L’OMS documente l’Ayurvéda parmi les médecines traditionnelles, a publié en 2010 des référentiels de formation qui lui sont consacrés, et a lancé en 2022 à Jamnagar, en Inde, un centre mondial pour la médecine traditionnelle. Cela ne vaut pas validation de chaque pratique.

Vous lirez souvent que l’Ayurvéda est « reconnue par l’OMS ». La formule est un raccourci. L’Organisation reconnaît que les médecines traditionnelles existent, qu’elles sont très utilisées dans le monde, et elle encourage les États à les encadrer, à évaluer leur sécurité et à les intégrer quand les preuves le justifient. Elle ne dit pas que l’Ayurvéda dans son ensemble a démontré son efficacité, et elle ne change rien au droit d’un pays comme la France.

Si un site de formation vous vend l’Ayurvéda comme « reconnue par l’OMS » pour justifier des promesses de santé, vous savez maintenant quoi en penser.

En France, une expression sans titre

En France, aucune formation ne délivre de titre de médecin ayurvédique, et l’Ayurvéda n’a pas de statut de médecine. Les cursus qui emploient l’expression « médecine ayurvédique » forment, en pratique, à un accompagnement de bien-être.

Ce n’est pas forcément une tromperie : c’est le nom traditionnel de la discipline, et la formation que je présente l’emploie elle aussi dans ses supports. Mais le mot médecine, dans une plaquette, ne vous donnera jamais le droit de poser un diagnostic, de prendre en charge une maladie ou de vendre des plantes médicinales. Le détail des limites est dans l’article l’Ayurvéda est-elle légale en France ?

Se former à l’Ayurvéda selon le pays.
PaysFormation de référenceCe qu’elle permet
IndeBAMS, cinq ans et demi, universitéExercer comme médecin ayurvédique en Inde
SuisseDiplôme fédéral de naturopathe, orientation médecine ayurvédiqueExercer comme naturopathe diplômé en Suisse
FranceCursus privés, de quelques heures à plusieurs annéesAccompagner l’hygiène de vie dans le cadre du bien-être

Les signaux qui doivent vous alerter

Certaines offres jouent sur l’ambiguïté du mot médecine. Quelques signaux simples permettent de les repérer.

  • Un « diplôme de médecine ayurvédique » délivré en France après quelques week-ends : aucun diplôme français ne porte ce nom.
  • La promesse de pouvoir prendre en charge des maladies précises une fois formé.
  • L’argument « reconnue par l’OMS » utilisé pour justifier une pratique thérapeutique.
  • Une vente de préparations de plantes intégrée au cursus, sans un mot sur la réglementation.

Une école sérieuse vous dira au contraire, dès la première page, ce que vous ne pourrez pas faire en France. C’est un bon test.

Alors, quelle formation choisir ?

Tout dépend de ce que vous voulez faire, et du pays où vous voulez le faire.

Si votre projet est d’exercer l’Ayurvéda comme une médecine, il n’y a qu’un chemin sérieux : le cursus universitaire indien, avec ce qu’il implique d’années et d’exil, ou le diplôme fédéral suisse si vous vivez en Suisse. Aucun raccourci français n’y mène.

Si votre projet est d’accompagner des personnes en France, sur leur alimentation, leurs routines, leur détente, alors un cursus de bien-être est la bonne échelle. Commencer par une formation théorique complète et peu coûteuse vous permet de vérifier que la discipline vous tient vraiment, avant d’investir dans des sessions de pratique. C’est exactement le rôle que je donne à la formation en dix-huit modules présentée ici, que j’ai comparée à d’autres cursus sur la page prix.

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